Entrevue avec un bouffon citoyen

Bruno Coppens n'est pas un humoriste, c'est un artisan! Tel un maître verrier, il souffle les mots, les gonfle et les transforme en mots d'esprit éclairés par un filament de surréalisme. Quand il met son costume d'artisan ébéniste, Bruno Coppens cloue les spectateurs aux abois à leur siège à grands coups de double-sens; il rabote ensuite une expression populaire, lui donnant d'un coup de ciseau à bois un nouveau sens, parfois interdit, pour les mots les plus vernis.
Ce Belge à la langue virtuose est de passage à Montréal, dans le cadre de sa longue tournée québécoise qui le conduira pendant sept semaines sur les routes de la Province. Fraîchement accueilli par une météo montréalaise qui a oublié d'être clémente, Bruno Coppens ne cache pas pour autant son bonheur d'être ici pour présenter son spectacle «Ma Terre Happy», un spectacle où un personnage prend la salle à témoin, un objet hybride portant néanmoins un nom: «En Belgique on appelle ça un «seul en scène». Ça veut dire qu'il y a un côté théâtralisé, une trame...mais ce n'est pas non plus du théâtre au sens traditionnel du terme, il y a de l'interaction, je parle directement aux gens».
Et pour parler, il parle l'animal! Au téléphone, son débit me rappelle une entrevue avec Louis-José Houde qui partage avec Bruno Coppens une certaine passion pour la logorrhée verbale...contrôlée. Une pathologie somme toute assez bénigne dont Bruno Coppens a réussi à tirer un spectacle des plus salutaires en incarnant un personnage en thérapie. «Je m'adresse à mon psy qui se trouve être dans la salle, mais très vite je me rends compte que tous les spectateurs sont des psys!».
C'est en partant de ce postulat thérapeutico-loufoque que Bruno Coppens démêle le fil de ses pensées et jette sur la table de l'analyse ses doutes, ses réflexions et ses angoisses. Situation ubuesque de son pays d'origine en mal de gouvernement, réchauffement climatique de la planète, tout y passe et toujours avec cette même passion du verbe. «J'aime jouer avec les mots et désacraliser le langage; il y a trop de gens qui n'osent pas utiliser la langue de peur de mal s'exprimer alors quand ils voient et écoutent ce que je fais et ce que je dis sur scène ils ont une autre vision».
Mais si les thèmes sont parfois lourds comme la situation en Tunisie par exemple, le ton n'est pas à la moralisation. «Je parle de sujets très sérieux mais finalement ce n'est pas ce que les gens retiennent du spectacle. Je suis un citoyen engagé, j'aime faire passer des message sur scène, mais je reste un bouffon». Un bouffon citoyen...
Digne héritier de Raymond Devos, un autre belge funambule des mots, Bruno Coppens ne vient pas au Québec pour la première fois, depuis dix ans, il fait régulièrement l'aller-retour, et glane à chaque voyage des expressions très fleuries. «Hier j'ai appris une nouvelle expression: il y a un type qui m'a dit «Celui-là, il ne fait que péter des nuages !», ce qui veut que ce qu'il fait ne sert a rien, je trouve ça génial!».
Oyez ! Oyez ! Damoiselles et damoiseaux, voici trois dates pour découvrir ou apprécier à nouveau le phénomène Coppens: les 25, 26 et 27 janvier 2011 au Lion d'Or à 20h. C'est un rendez-vous !
C M said:
On Jan 28, 2011 - 10:18
Excellent spectacle. C'est fin et c'est un humour intelligent. On l'accueille à bras ouverts car il nous met de bonne humeur!