Découvrez l'histoire du Buona Notte

Quand on pense à la Main, autrement dit au boulevard Saint-Laurent, on ne peut s'empêcher d'imaginer une artère hyperactive qui frôle parfois l'overdose de « m'as-tu-vu » certains samedis soirs dans la portion comprise entre la rue Sherbrooke et l'avenue des Pins. Le spectacle est autant sur les trottoirs que dans les clubs branchés. C'est pourtant en plein coeur de cette marée de pitounes mini-jupées et de bellâtres endimanchés qu'un homme de 82 ans réalise depuis deux décennies les meilleurs gnocchis en ville.
Luciano Lecas me reçoit sur son lieu de travail, le restaurant Buona Notte, au 3518 du boulevard. La démarche lente mais le regard vif, cet Italien débarqué à Montréal par un beau jour de 1955 me raconte sa vie et les différents métiers qu'il a exercés. Tout à tour travaillant pour un arsenal maritime, pour Canadair, réparant les bateaux, distribuant les journaux, et élevant sa famille, Luciano ne pensait pas qu'il passerait vingt ans de sa vie en cuisine, surtout pas après avoir pris sa retraite!

C'est pourtant ce qui est arrivé en 1991 quand son fils Max (toujours propriétaire de l'établissement) lui dit qu'il veut acheter un restaurant. « Quand il m'a annoncé ça, je me suis dit, mais pourquoi? Tu as un travail sérieux dans une banque, tu as fait des études pour ça, pourquoi ouvrir un restaurant?! ».
Relevant ses manches le papa inquiet se met néanmoins à l'ouvrage. Des travaux de peinture à la réparation de la salle de bain en passant par la fabrication des tables, Luciano se transforme en ouvrier polyvalent et remet en état ce qui était précédemment un resto à hamburger bas de gamme. Peu de temps après l'ouverture, Luciano prend ses quartiers en cuisine. « J'ai toujours cuisiné, ma mère était une très bonne cuisinière, alors je l'ai beaucoup observée quand j'étais plus jeune et j'ai appris d'elle. Quand elle est morte c'est moi qui faisais la cuisine pour mon père ».

Très vite, Luciano se lance dans la préparation de soupes. Mais c'est avec un autre plat qu'il va véritablement connaître le succès: les gnocchi. Ce plat de pâtes, préparées avec un mélange de farine et de pomme de terre, est aujourd'hui le meilleur vendeur du restaurant et les Gnocchi di Luciano affichés au menu attirent les amateurs en nombre. Il vient six jours par semaine et en fabrique environ 5 000 par semaine et cela depuis 20 ans. Infatigable, le vieil homme au sourire enfantin ne semble pas avoir perdu de son enthousiasme. « J'adore toujours autant préparer les gnocchi, j'ai toujours autant de fun».

Il existe de nombreuses sauces pour accommoder les gnocchi, comme la célèbre Bolognaise. Mais Luciano me confie les préférer avec la recette de son village natal, Trieste, qu'il a quitté il y a plus de 60 ans: « Il faut se servir de la sauce d'un rôti de veau avec du romarin, des oignons; on ajoute un peu de beurre et de la sauge et c'est parfait!».
Après la théorie, la pratique, Luciano disparaît en cuisine et en ressort quelques minutes plus tard, une assiette appétissante de gnocchi dans les mains. Plus de doute, le roi du Buona Notte c'est Luciano!